Au lendemain de la Libération, l'Italie est en ruines, le fascisme défait et de jeunes critiques et cinéastes lancent une nouvelle façon de filmer et d'aborder la réalité, en réaction au cinéma censure de l'époque mussolinienne et à la légèreté des Téléphones Blancs. Pour les cinéastes le cinéma doit avant tout s'intéresser à la réalité, à l'homme dans son quotidien. Par manque de moyens d'abord puis par choix ensuite, les tournages se font dans la rue. En effet, ce sont bel et bien les italiens qui descendirent pour la première fois dans les rues.
Ce nouveau mouvement, baptisé « Néoréalisme » par le critique Umberto Barbaro dès 1943, aura un impact considérable dans l'histoire du cinéma italien et mondial.
J'ai sélectionné 4 cinéastes qui ont largement dominé ce mouvement :
_Roberto Rossellini (1906-1977), grâce à « Rome ville ouverte » (1945) bouleverse à jamais la façon de filmer. Tourné 2 mois après la libération, Rossellini fait un récit sur la Résistance italienne de façon quasi-documentaire. Il réalise par la suite « Paisa » (1946) et « Allemagne année zéro » (1946), dans les ruines de Berlin, 2 autres chef-d'½uvres qui propulse Rossellini au sommet du Néoréalisme.
_Vittorio de Sica (1901-1974), après « Sciuscià » (1946) réalise un autre film phare du genre néoréaliste : « Le Voleur de Bicyclette ». L'histoire d'un colleur d'affiches à qui l'on a volé la bicyclette et qui part à sa recherche avec son fils est un drame poignant, considéré par beaucoup comme l'un des plus beaux films du cinéma. Dans « Miracle à Milan » (1951) et « Umberto D. » (1952), De Sica continuer à porter un regard humaniste sur l'Italien de l'après-guerre.
_C'est cependant Luchino Visconti (1906-1976) qui « invente » le Néoréalisme avec « Ossessione » (1943) (adapté du roman américain « Le facteur sonne toujours deux fois » de James Cain) qui fit un scandale dans l'Italie encore fasciste et bien pensante : passion, adultère, et meurtre dans la classe pauvre du pays.
Dans « La terre tremble » (1948), Visconti décrit la condition misérable des pêcheurs siciliens, tourné sur les lieux mêmes de l'action avec des acteurs non-professionnels.
_Giuseppe De Santis (1917-1997), après « Chasse tragique » (1948) réalise « Riz amer » (1949) drame traité comme un documentaire réaliste dans les rizières du Piémont, et rendu célèbre par les charmes de Silvana Mangano.
Lattuada, Castellani, Germi, Comencini, Zampa contribueront aussi à la richesse du néoréalisme. Mais le mouvement ne présente pas cependant d'unité formelle. Le mouvement s'éteint en 1952, léguant au cinéma italien une incontestable aptitude à transcrire le contexte social et la vérité humaine des personnages que l'on retrouvera dans les années 60.